Ma chère Aurora Bautista aurait eu 100 ans aujourd'hui. Happy birthday, Señora !
Dans le générique de LA TIA TULA (Miguel Picazo, 1964), un film essentiel dans sa carrière, l'actrice réputée pour son style flamboyant et hyper-théâtral est immobile durant de longues minutes, le regard fixe et noyé dans la douleur du deuil. Explication (par l'essayiste Josep Lambies) (English/Spanish translations below) :
"À première vue, il est pour le moins surprenant que l'actrice Aurora Bautista ait pu maintenir le regard immobile, sans cligner des yeux, dans un plan d'une minute et quarante secondes. En observant attentivement les images, on se rend compte qu'elles comportent un petit hic. En réalité, le plan filmé est beaucoup plus court : moins de deux secondes. Deux secondes en boucle, répétées jusqu'à 54 fois dans le montage, comme on peut le compter grâce aux ombres ondulantes aperçues à travers l'entrebâillement de la porte, générant une boucle presque imperceptible, qui passe inaperçue au spectateur, mais qui lui donne néanmoins la sensation que la femme, absorbée, en transe, est prisonnière des tremblements d'un temps soutenu, un temps qui ne recule ni n'avance, c'est-à-dire le temps de la mort." --------------------------------------------------------------------------
"At first glance, it's at least surprising that the actress, Aurora Bautista, was able to maintain the stillness of her gaze, without blinking even once, in a shot that lasts one minute and forty seconds. If we look closely at the images, we realize that they contain a small catch. In reality, the shot filmed is much shorter: less than two seconds. Two seconds looped, which are repeated in the montage up to 54 times, as we can count thanks to the swaying shadows seen through the crack in the door, generating an almost imperceptible loop, which goes unnoticed by the viewer, but which nevertheless gives the viewer the sensation that the woman, absorbed, in a trance, has been trapped in the tremors of a sustained time, a time that neither advances nor retreats, that is, the time of death."
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"Por de pronto, resulta cuanto menos sorprendente que la actriz, Aurora Bautista, fuera capaz de aguantar la inmovilidad de la mirada, sin pestañear ni una sola vez, en una toma que dura un minuto y cuarenta segundos. Si observamos con detenimiento las imágenes, caemos en la cuenta de que contienen una pequeña trampa. En realidad, el plano rodado es muchísimo más corto: no llega a los dos segundos. Dos segundos puestos en loop, que se repiten en el montaje hasta 54 veces, según odemos contar gracias al vaivén de las sombras que se ven por la ranura de la puerta, generando un bucle casi imperceptible, que pasa desapercibido a los ojos del espectador, pero que aun así le provoca una sensación de que la mujer, absorta, en trance, hubiera quedado atrapada en el temblor de un tiempo sostenido, un tiempo que no avanza ni retrocede, es decir, el tiempo de la muerte."