mardi 30 septembre 2025

AURORA BAUTISTA

Un blog de plus.
Encore ! Et pourquoi ?
Les explications sont ici. J'entame un nouveau projet. Pas coton. Because, aucun éditeur en vue (en France, du moins).
Ce n'est pas fait pour m'effrayer, ou me rebuter. Mes trois lourds volumes de CAMP !  m'ont coûté approximativement six ans d'écriture, et presque autant pour trouver acquéreur. J'en remercie Pierre-Julien Marest -- où qu'il soit, quoi qu'il fasse. Merci pour son incroyable travail éditorial, pour sa confiance, et pour son amitié.
Cette fois, je m'attaque à une actrice espagnole pratiquement inconnue en France (et peut-être un peu négligée en Espagne, où elle fut une star adulée dans les années 1950) : Aurora Bautista.

Un coup de foudre ne s'explique pas.
Il y a quelques mois, je la découvre dans UNA VELA PARA EL DIABLO (It Happened at Nightmare Inn), une satire horrifique et très corrosive de l'Espagne nationale-catholique franquiste. Réalisé par l'un de mes metteurs en scène espagnols préférés, Eugenio Martin, le film est un choc. En aubergiste puritaine et meurtrière, qui se croit investie d'une mission divine et décime les touristes féminines un peu trop émancipées à son goût, la Bautista est épatante. Elle me tape dans l'œil, immédiatement.
Je fais quelques recherches sur le net. Je découvre qu'elle fut, avec Sara Montiel, la star numéro 1 de la CIFESA, maison de production totalement inféodée au régime franquiste.
Femme "de gauche" -- si tant est qu'une gauche existe sous quelque latitude que ce soit --, elle s'accommoda de cette notoriété providentielle, elle dont le père républicain fut emprisonné durant trois ans après la Guerre Civile.
Au théâtre, elle interprétait des pièces risquées, opposées au régime, qui auraient pu lui coûter sa carrière.
Mais pour le Caudillo, elle restait l'interprète de LOCURA DE AMOR et de AGUSTINA DE ARAGON. somptueux mélodrames historiques propagandistes, où son jeu d'actrice, démesuré mais d'une parfaite justesse, faisait merveille.
Excessive. Grandiloquente. Exaltée. Tels sont les adjectifs qui lui sont généralement attribués.
Sauf que...
Sans rien perdre de sa superbe, elle fait montre d'une économie de moyens dramatiques stupéfiante dans LA TIA TULA ou EXTRAMUROS. Elle se dessape allègrement dans cet ovni qu'est LOS PASAJEROS ("No estoy desnuda. Solo puedes ver mi busto.")
Cette femme a beaucoup tenté, et pris pas mal de risques sous une dictature forcément peu folichonne.
Elle fut une authentique féministe (je ne parle pas du rétro-féminisme en vogue actuellement, que je vomis), endossant les parures d'héroïnes virginales pour faire de beaux doigts d'honneur au Généralissime et à ses sbires.
Elle était culottée.
J'adresse un très grand merci à ma compagne et collaboratrice pour ce projet, Virginia, ma galicienne d'Alaska. On va y arriver, ma Belle ! On va faire un putain de bouquin à quatre mains !
Extrait ci-dessous : CONDENADOS (Manuel Mur Oti, 1953).
Un film que la Bautista n'aimait guère.
Elle avait tort.